QUAND TU ES A LA RADIO, TU N'AS PAS D'AGE

Publié il y a 4 semaines

Quinze ans qu'ils tirent les ados hors du lit. Sur les radios jeunes, les animateurs stars ont passé l'âge de la puberté sans lâcher leur ton potache. Et c'est toujours un succès.

Quel âge ont-ils, les animateurs vedettes des « radios jeunes » ? Dix, vingt, voire vingt-cinq ans de plus que ceux qui les écoutent. Ils s'appellent Difool, Manu Levy ou Bruno Guillon et assurent depuis une quinzaine d'années des aurores décontractées à leurs auditeurs. Tantôt sur Fun, tantôt sur NRJ, ces athlètes des petites heures sautent de station musicale en station musicale au gré des changements de patron ou des évolutions de ligne éditoriale (les deux vont souvent de pair), incarnant leur nouvelle enseigne avec une fraîcheur de nouveau-né. A la rentrée dernière, d'ailleurs, si l'on n'avait pas l'esprit vif, il y avait de quoi s'emmêler les fréquences : Manu Levy avait rejoint NRJ en délaissant Fun et en abandonnant son fauteuil à Bruno Guillon, lui-même ­démissionnaire de Virgin, où Cyril Hanouna (alors presque un petit nouveau !) l'avait remplacé. Seul David Massard, alias Difool, ne participait pas à cette ronde : déjà douze ans qu'il orchestre la matinale de Skyrock, en plus des soirées de la station qu'il anime depuis... quinze ans – oui, en même temps. Difool (43 ans), Manu (41 ans), Bruno (41 ans) et même Flo (Florian Gazan, acolyte de Bruno Guillon, 44 ans) seraient-ils incapables de grandir ? Victimes du syndrome de Peter Pan ou régénérés à la cellule-souche ? Rester jeune, c'est leur travail. Leur talent ?

La jeunesse est éternelle
« Au milieu des années 1990, les animateurs étaient "datés"
 très vite, se souvient Bruno Guillon. A 25 ans, leur espérance de vie professionnelle n'était que de trois ou quatre ans. » Le temps et l'expérience ont fait leur œuvre, mais la jeunesse d'esprit de ces animateurs n'a pas été entamée. Bruno et Manu ont connu les joies de la paternité sur le tard, ce qui les a peut-être ­aidés à prolonger leur propre adolescence. Et Manu n'a pas à forcer sa nature pour passer une partie de ses week-ends devant sa console de jeux vidéo... Quant à Difool, même si son ­addiction au tabac aggrave et vieillit sa voix chaque jour un peu plus, il le rappelle : « Quand tu es à la radio, tu n'as pas d'âge. » A leurs côtés, en studio, leurs chroniqueurs (dont la plupart dépassent à peine la vingtaine) leur assurent une « crédibilité jeune ».Vive le potache

« On a parfois un humour militaire, un peu pipi-caca », ­admet Difool avec lucidité. Pas question de s'en repentir puisque c'est justement « en restant soi-même » que l'on « draine du monde »... Taquin comme un ado, jamais effrayé par une ­blague au ras du caleçon, Manu Levy ne dit pas autre chose : « Si tu es déconneur à 20 ans, tu l'es toujours à 40. Ton état d'esprit reste le même. » Donc le niveau de la vanne aussi. Ça tombe bien, les auditeurs ont pile l'âge d'en rire ! La différence entre hier et aujourd'hui, pour leurs auteurs ? « A mon âge, je sais que je peux rire d'un prout, mais qu'il n'y a pas de quoi rester trois heures dessus », admet humblement Bruno Guillon. Autrement édicté par Florian Gazan : « Il faut être un minimum intelligent pour bien faire le con ! »

Peu de notoriété, plus de liberté
Manu Levy l'assure : personne ne le connaît. « Si l'on excepte les jours où tombent les audiences, on ne parle jamais de radio dans les journaux. On n'a pas de notoriété. C'est peut-être pour ça qu'on est détendus. » Pour cette même raison en tout cas, les matinaliers ont assez peu de difficulté à passer d'une station à l'autre : leur célébrité n'écrase jamais celle de leur média... Aucun risque de brouiller les identités de marque !
Exception à la règle : Difool, qui connut une extrême popularité, aussi fulgurante que délirante, lorsqu'au milieu des années 1990 l'émission de libre antenne qu'il présentait avec « le Doc », Lovin'Fun, avait déclenché un phénomène de société. Aujourd'hui, il est formel : « Si tu as envie de devenir célèbre, être animateur radio, ce n'est vraiment pas le métier qu'il faut. »

Un savoir-faire plus rare qu'on ne le croit
Contrairement aux apparences, assurer une matinale sur une radio musicale ne s'improvise pas. « Pour paraître naturel à l'antenne, fluide et efficace, il faut avoir accumulé une certaine expérience », affirme Morgan Serrano, directeur d'antenne de NRJ. Trois heures durant, il faut lancer : des chroniqueurs, des vannes, des pubs et des chansons... tout en maintenant un ton enthousiaste à chaque prise de parole. « Bien peu sont capables de faire ce métier très technique et très exigeant en termes de rythme, de talent, d'hygiène de vie », renchérit Jérôme Fouqueray, DG de Fun et de RTL2. Les intéressés voient d'ailleurs leur expérience comme une garantie contre les dérapages. « Quand par exemple une auditrice appelle pour raconter une agression dont elle a été victime, raconte Difool, la seule chose qui m'importe avant de la prendre à l'antenne, c'est qu'elle aille mieux. Pas de dramatiser ou de faire monter la tension. » Autre avantage, selon Bruno Guillon : « Avec l'expérience, tu apprends à t'entourer des bonnes personnes, à te reposer sur d'autres talents... » Et à garder un pied dans la puberté. CQFD.

Cooptation, micro-milieu
« Entre nous, ce n'est pas la guéguerre, comme celle qui existe à la télévision, 
note Manu Levy. Quand l'un de nous s'apprête à changer de station, il prévient les autres. » Comme ils s'apprécient et se respectent, ils font tourner une information qui, quoi qu'il en soit, serait très vite éventée : entre NRJ, Fun, Skyrock et Virgin, « le tour est vite fait, il n'y a pas mille employeurs ». RFM, RTL 2 ou encore Nostalgie relèvent d'une autre catégorie, celle des musicales adultes : moins ­valorisées, moins valorisantes.

Le « vrai » jeune le reste longtemps
Parce qu'il assure la direction de l'antenne de Skyrock, Difool sait mieux que personne ce qui manque aux jeunes qui débutent : « le droit d'être très mauvais »« Aujourd'hui, un gamin, il faudrait qu'il soit bon tout de suite », confirme Bruno Guillon, heureux d'avoir connu une autre époque pour « se forger une personnalité hors du joug de l'audience ». Nés dans les années 1970, ces animateurs appartiennent à la génération FM, que la radio a toujours fait rêver. « La génération qui nous a suivis a plutôt voulu faire de la télé, croit savoir Florian Gazan. Elle n'a donc pas émergé en radio. » L'actuelle rêverait de célébrité rapide, comme seuls le Net et les réseaux sociaux peuvent leur en promettre.

Des auditeurs comme s'il en naissait de nouveaux chaque année
L'avantage ultime de travailler dans une radio destinée à des jeunes, c'est que le public se régénère pour partie chaque année. Pas forcément besoin, donc, de renouvellement au micro : quand un auditeur s'en va, un autre arrive... qui offre à Difool, Manu ou Bruno des oreilles toutes neuves. Prêtes à tout entendre. (Article TELERAMA 2020).



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